Service de la dette : pouvez-vous tenir l'échéance de l'an prochain ?
Les intérêts sont une chose, le capital une autre. La couverture du service de la dette additionne les deux et les compare à votre EBITDA. C'est ce calcul, et pas le levier, qui détermine si votre échéancier est tenable l'année prochaine.
La différence avec le levier
Le levier vous dit combien d'années il faudrait pour effacer votre dette. La couverture du service de la dette vous dit si vous passez l'année. Ce n'est pas la même question, et ce n'est pas le même risque.
Une entreprise peut afficher un levier confortable de 2,5 années et se retrouver étranglée parce que ses emprunts ont été souscrits sur des durées courtes : l'échéance annuelle est alors hors de proportion avec ce que l'exploitation dégage. L'inverse existe aussi : un levier élevé devient supportable si la dette est étalée sur quinze ans.
EBITDA ÷ Dettes financières à moins d'un anLe calcul que fait un analyste avant de dire oui
Lorsque vous demandez un crédit, l'analyste ne teste pas votre échéancier actuel : il teste l'échéancier futur, avec la nouvelle mensualité dedans. Et il le teste sur un scénario dégradé.
Mise en situation : demande de 300 000 € sur 7 ans
- EBITDA de l'exercice
- 260 000 €
- Échéances existantes (capital + intérêts)
- 112 000 €
- Nouvelle échéance annuelle estimée
- 52 000 €
- Service total après financement
- 164 000 €
- Couverture
- 260 ÷ 164 = 1,6 fois
- Même calcul avec un EBITDA en baisse de 20 %
- 208 ÷ 164 = 1,3 fois
Le dossier passe, mais sans confort : en scénario dégradé, il reste 44 000 € après service de la dette, et il faut encore payer l'impôt et renouveler le matériel. C'est typiquement le dossier où un financeur propose une durée plus longue plutôt qu'un refus — ce que le dirigeant peut proposer lui-même.
Ce qui améliore réellement la couverture
- Allonger la durée des emprunts : c'est le levier le plus direct, il réduit l'échéance annuelle sans toucher à l'encours.
- Regrouper plusieurs crédits courts en un seul plus long, quand les conditions de remboursement anticipé le permettent.
- Déplacer un investissement du crédit classique vers le crédit-bail avec option finale, qui étale différemment la charge.
- Transformer le découvert en emprunt moyen terme : il quitte les dettes à moins d'un an.
- Agir sur l'EBITDA, seul levier qui améliore tous les ratios à la fois — mais le plus lent.
La fiche de la couverture du service de la dette La CAF, ce que l'exploitation dégage vraiment
À éviterRaisonner sur la mensualité sans le capital. Beaucoup de dirigeants comparent leur résultat à leurs intérêts et concluent que la dette est légère. Le capital est la plus grosse part de l'échéance, il ne passe pas dans le compte de résultat, et c'est pourtant lui qui sort du compte bancaire.
Questions fréquentes
Quelle couverture du service de la dette faut-il atteindre ?
En pratique, un financeur cherche une couverture supérieure à 1,2 ou 1,3 fois après intégration du nouveau crédit, et il vérifie qu'elle reste au-dessus de 1 dans un scénario dégradé. En dessous de 1, l'exploitation ne couvre pas les échéances : le complément vient de la trésorerie, qui s'épuise.
Pourquoi utiliser l'EBITDA et pas le résultat net ?
Parce que le résultat net est amputé des amortissements, qui ne sortent pas de la caisse, et de l'impôt, qu'il faut effectivement payer. L'EBITDA est plus proche du cash disponible avant service de la dette. Certains analystes affinent en utilisant la CAF, qui réintègre les amortissements et déduit l'impôt réel.
Le crédit-bail entre-t-il dans le service de la dette ?
Oui, pour la totalité de la redevance de l'exercice à venir. C'est une sortie de trésorerie contractuelle, exactement comme une échéance d'emprunt. L'oublier donne une couverture fausse, souvent de 30 à 50 % trop favorable dans les métiers à matériel.
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