Combien de trésorerie faut-il garder sur ses comptes ?
La question revient chez tous les dirigeants et reçoit rarement une réponse chiffrée. Elle en a une, et elle ne s'exprime pas en euros mais en jours de charges décaissées. Voici comment la déterminer pour votre entreprise.
Raisonner en jours, pas en montant
Un montant ne dit rien : 80 000 € sont confortables pour un artisan et insuffisants pour une PME de 5 M€. La bonne unité est le nombre de jours de charges décaissées que votre trésorerie permet de couvrir sans aucun encaissement.
Le calcul est simple : divisez vos charges décaissées annuelles — toutes charges sauf les amortissements — par 365, puis divisez votre trésorerie par ce montant journalier. Vous obtenez votre autonomie en jours.
Trésorerie ÷ (charges décaissées annuelles ÷ 365)Le niveau cible dépend de quatre choses
De manière générale, en analyse on considère qu'une autonomie inférieure à une trentaine de jours expose une PME à un accident de parcours, et qu'au-delà de quatre-vingt-dix jours sans projet identifié, le capital est sous-employé. Ce sont des ordres de grandeur, à ajuster selon les quatre critères ci-dessus — pas une règle.
Mise en situation : déterminer sa cible
- Charges décaissées annuelles
- 2 920 000 €
- Charges par jour
- 8 000 €
- Trésorerie actuelle
- 180 000 € → 22 jours
- Point bas de trésorerie observé en août
- 55 000 € → 7 jours
- Échéance trimestrielle la plus lourde
- 96 000 €
La moyenne annuelle rassure, le point bas alarme : sept jours d'autonomie en août, avec une échéance de 96 000 € à honorer. La cible utile n'est donc pas « 22 jours » mais « ne jamais descendre sous 30 jours au point bas », ce qui suppose d'étaler les échéances ou de constituer une réserve dédiée.
- La régularité de vos encaissements : des abonnements mensuels demandent moins de réserve que des chantiers payés à l'achèvement.
- La concentration clients : si un client pèse 30 % de votre CA, votre réserve doit pouvoir absorber son retard.
- La saisonnalité : il faut couvrir le point bas de l'année, pas la moyenne. C'est le calcul le plus souvent oublié.
- Vos échéances fixes : service de la dette, loyers, salaires. Plus elles sont lourdes, plus la réserve doit être épaisse.
Ce qu'un financeur pense d'une trésorerie abondante
Contrairement à l'intuition, une trésorerie très élevée n'est pas toujours lue positivement. Elle rassure sur la liquidité, mais elle pose une question : pourquoi ce capital ne finance-t-il rien ? Soit l'entreprise n'a pas de projet, soit elle n'investit pas par prudence excessive, soit elle prépare quelque chose qu'elle n'a pas dit.
En revanche, une trésorerie significative améliore réellement votre dossier par un autre chemin : elle réduit votre dette nette, donc votre levier net, qui est le chiffre retenu dans la plupart des analyses et des covenants.
La fiche de la ligne « trésorerie » Que faire d'une trésorerie excédentaire
À éviterJuger sa trésorerie sur le solde du 31 décembre. C'est souvent le point haut de l'année, avant le paiement des charges de janvier. Un analyste demande les relevés de plusieurs mois ou un prévisionnel : raisonnez comme lui, sur le point bas.
Questions fréquentes
Faut-il placer sa trésorerie excédentaire ?
La question du placement dépend de votre horizon et de votre besoin de disponibilité, et elle relève d'un conseil que nous ne donnons pas : nous ne sommes pas conseil en investissement. Ce que l'analyse financière peut dire, en revanche, c'est que toute trésorerie placée de façon non immédiatement mobilisable ne sera pas déduite de votre dette nette par un analyste.
Une ligne de découvert remplace-t-elle une réserve de trésorerie ?
Non. Elle rend le même service au quotidien, mais elle est révocable et elle coûte cher. Une réserve propre est la seule qui ne dépende de personne. L'approche raisonnable est d'avoir les deux : la réserve pour les décalages normaux, la ligne pour les imprévus.
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