Fonds de commerce, logiciels, brevets : ce que vaut votre incorporel pour une banque
Les immobilisations incorporelles sont le poste du bilan dont la valeur est la plus discutée. Un fonds de commerce acheté cher et mal rentabilisé gonfle le total de l'actif sans rien garantir. Voici comment un analyste traite ce poste, et comment le présenter.
Le réflexe de l'analyste : le retirer, et regarder ce qui reste
Face à un incorporel important, un analyste calcule ce qu'on appelle parfois les fonds propres corrigés : il retire du bilan la part de l'incorporel qu'il juge non réalisable, et il recalcule l'autonomie financière sur ce qui reste.
L'opération peut être brutale. Une entreprise avec 450 000 € de capitaux propres dont 380 000 € de fonds commercial se retrouve à 70 000 € de fonds propres corrigés. Ce n'est pas de la mauvaise volonté : en cas de liquidation, un fonds de commerce ne vaut que ce qu'un repreneur accepte de payer, et cela peut être zéro.
Mise en situation : avant et après correction
- Total du bilan
- 1 250 000 €
- Capitaux propres
- 450 000 € → autonomie 36 %
- dont fonds commercial acquis
- 380 000 €
- Capitaux propres corrigés
- 70 000 €
- Autonomie corrigée
- 70 ÷ 870 = 8 %
Le même bilan passe de confortable à fragile selon le traitement de l'incorporel. C'est la raison pour laquelle un dirigeant qui a racheté un fonds doit préparer un argumentaire sur sa valeur : chiffre d'affaires maintenu depuis le rachat, clientèle fidélisée, contrats transférés et toujours actifs.
Les trois incorporels, et leur crédibilité respective
Le cas des frais de recherche et développement immobilisés mérite attention : comptablement, ils peuvent être portés à l'actif sous conditions, mais un analyste les regarde avec méfiance s'ils ne se traduisent pas encore par du chiffre d'affaires. Si vous en avez, documentez le lien entre l'investissement et les ventes qu'il a générées.
| Nature | Ce qu'un financeur en pense | Ce qui le rassure |
|---|---|---|
| Fonds commercial acheté | Valeur à démontrer | Le CA et la marge maintenus depuis le rachat |
| Brevets, licences, marques | Valeur si exploitée | Les redevances ou le CA qu'ils génèrent |
| Logiciels, site, R&D immobilisée | Souvent déprécié mentalement | Que l'actif soit réellement en service et à jour |
Ce qu'il faut préparer si votre incorporel est important
- L'évolution du chiffre d'affaires et de la marge depuis l'acquisition du fonds : c'est la preuve que la valeur existe encore.
- La liste des contrats et des clients repris, avec ceux qui sont toujours actifs.
- Le détail de ce que recouvre la ligne : un fonds de commerce et un logiciel ne se défendent pas avec les mêmes arguments.
- Un test de dépréciation si la rentabilité s'est dégradée : mieux vaut déprécier soi-même que de se le faire imposer en analyse.
- Des garanties alternatives : un actif corporel ou une caution peut compenser un incorporel difficile à nantir.
La fiche de la ligne « immobilisations incorporelles » L'autonomie financière, et sa version corrigée
À éviterCompter sur un fonds de commerce comme garantie. Il peut faire l'objet d'un nantissement, mais sa valeur de réalisation est très incertaine et les financeurs le savent : le nantissement de fonds est accepté en complément, rarement comme garantie principale.
Questions fréquentes
Le fonds de commerce s'amortit-il ?
En principe le fonds commercial n'est pas amorti, sauf dans les cas prévus par la réglementation comptable, et il fait l'objet de tests de dépréciation. Les règles ont évolué et varient selon la taille de l'entreprise : c'est un point à traiter avec votre expert-comptable, pas à décider seul.
Vaut-il mieux ne pas immobiliser ses développements informatiques ?
Les deux options ont un sens. Immobiliser étale la charge et améliore le résultat immédiat, mais gonfle un actif peu crédible auprès d'un financeur. Passer en charge pèse sur le résultat de l'année et donne un bilan plus solide. Le choix dépend de votre priorité du moment, et il se discute avec votre comptable.
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