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Cession-bail : récupérer de la trésorerie sur un matériel déjà payé

La cession-bail, ou lease-back, consiste à vendre un bien dont votre entreprise est propriétaire à une société de crédit-bail et à le reprendre immédiatement en location, avec une option d'achat à la fin. Juridiquement, ce n'est rien d'autre qu'un crédit-bail, au sens de l'article L. 313-7 du code monétaire et financier. Fiscalement, c'est une cession d'immobilisation : elle dégage une plus-value imposable sur l'exercice, à court terme pour tout ce qui correspond aux amortissements déjà déduits. Voici le mécanisme, un exemple chiffré déroulé, l'étalement réservé à l'immobilier et sa fenêtre datée, et les cinq points à vérifier avant de signer.

10 octobre 2026 · 8 min de lecture

Cession-bail : la réponse d'abord

La cession-bail est une opération en deux temps qui tiennent dans la même journée : vous vendez un bien que vous possédez déjà à une société de crédit-bail, et vous le reprenez aussitôt en location, avec une option d'achat à l'échéance. Le matériel ne quitte pas l'atelier. Le prix de vente rentre sur le compte de l'entreprise, et un loyer remplace l'amortissement que vous passiez jusque-là.

C'est donc un financement, pas une vente. Ce que vous transformez en argent disponible, ce n'est pas votre matériel, c'est la valeur immobilisée dedans. Et comme toute vente d'immobilisation, l'opération dégage une plus-value imposable l'année même : beaucoup de dirigeants le découvrent à la clôture, une fois l'argent dépensé.

Ce que dit le texte : une opération de crédit-bail, rien d'autre

La cession-bail n'a pas de régime juridique propre. C'est un crédit-bail ordinaire, défini à l'article L. 313-7 du code monétaire et financier (CoMoFi) : une entreprise achète un bien en vue de le louer, elle en demeure propriétaire, et le locataire peut l'acquérir à un prix convenu qui tient compte, au moins pour partie, des loyers versés. La seule singularité de la cession-bail tient à l'identité du vendeur : c'est vous.

  • Le bailleur achète le bien et en reste propriétaire pendant toute la location.
  • Vous versez un loyer, pour une durée déterminée fixée au contrat.
  • Une promesse unilatérale de vente vous ouvre une option d'achat, à un prix donné qui tient compte des loyers déjà payés.
  • Pour du matériel, c'est du crédit-bail mobilier. Pour des murs, du crédit-bail immobilier, qui ne porte que sur des immeubles à usage professionnel : un local d'habitation est hors jeu.

Le prix encaissé n'est pas un gain : c'est une plus-value

Le classement de cette plus-value décide de l'impôt. Le 2 de l'article 39 duodecies du code général des impôts (CGI) range en plus-value à court terme celle réalisée sur un bien détenu depuis moins de deux ans et, pour un bien détenu plus longtemps, la fraction qui correspond aux amortissements déduits pour l'assiette de l'impôt. Sur un matériel largement amorti, la plus-value est donc à court terme pour l'essentiel, souvent en totalité. Or une plus-value à court terme est traitée comme un résultat ordinaire : elle s'ajoute au bénéfice de l'exercice et supporte le taux de droit commun.

Pour une société soumise à l'impôt sur les sociétés, ce taux normal est de 25 %. Les petites et moyennes entreprises dont le chiffre d'affaires hors taxes reste sous 10 millions d'euros et dont le capital est détenu à 75 % au moins par des personnes physiques bénéficient d'un taux de 15 % sur leurs premiers 42 500 euros de bénéfice ; au-delà de cette tranche, le taux normal s'applique.

Plus-value de cession = prix de vente - valeur nette comptable du bien
La valeur nette comptable est le prix d'achat diminué des amortissements déjà passés. Sur un matériel ancien, elle est faible : la plus-value se rapproche alors du prix de vente, et c'est elle que l'impôt vient chercher.

Une entreprise de travaux publics qui remet sa pelle en location

Mise en situation

Mise en situation : une pelle mécanique achetée il y a quatre ans

Prix d'achat de la pelle
180 000 €
Amortissement linéaire sur 6 ans, 4 annuités passées
- 120 000 €
Valeur nette comptable au bilan
60 000 €
Prix de vente à la société de crédit-bail
95 000 €
Plus-value de cession
35 000 €
Dont plus-value à court terme (amortissements déduits : 120 000 €)
35 000 €
Impôt au taux normal de 25 %
- 8 750 €
Trésorerie qui reste une fois l'impôt payé
86 250 €

L'entreprise encaisse 95 000 € tout de suite, mais 8 750 € repartiront en impôt à la clôture et les loyers courent dès le premier mois. La bonne question n'est donc pas « combien je récupère », c'est « combien je garde, et pour financer quoi ».

Pour des murs, un étalement existe, et sa fenêtre est datée

Sur un immeuble, le législateur a reconnu que l'impôt immédiat pouvait annuler l'intérêt de l'opération. L'article 39 novodecies du CGI ouvre, sur option, un étalement de la plus-value de cession-bail : au lieu d'être imposée en une fois, elle est répartie par parts égales sur les exercices clos pendant la durée du contrat de crédit-bail, sans pouvoir excéder quinze ans. L'option est une décision de gestion, opposable à l'entreprise qui l'a prise.

Ce dispositif n'a jamais été permanent. Il a d'abord couvert les cessions réalisées du 23 avril 2009 au 31 décembre 2012, puis l'article 33 de la loi de finances pour 2021 l'a rétabli pour les cessions réalisées entre le 1er janvier 2021 et le 30 juin 2023, à condition que l'accord de financement ait été accepté entre le 28 septembre 2020 et le 31 décembre 2022. C'est cette fenêtre que porte la version du texte publiée sur Légifrance, et elle est refermée. Deux autres limites méritent d'être connues : l'étalement ne vise que les immeubles affectés à une activité professionnelle, et il s'arrête net si l'immeuble est acquis par le crédit-preneur ou si le contrat est résilié, le solde devenant alors imposable immédiatement.

15 ansla durée maximale sur laquelle la plus-value d'une cession-bail immobilière peut être étalée, lorsque le dispositif de l'article 39 novodecies du CGI est ouvertSource : BOFiP, BOI-BIC-PVMV-40-20-60, version publiée le 23 juin 2021

À éviterAvant de bâtir un montage sur cet étalement, faites vérifier par votre expert-comptable la version de l'article 39 novodecies en vigueur à la date de la cession : le dispositif a déjà été ouvert, fermé, puis rouvert, et une loi de finances peut le remettre en jeu. Sur du matériel, en revanche, aucun étalement de ce type n'existe : la plus-value est imposable sur l'exercice de la cession.

Ce que la cession-bail change dans vos comptes

Avant : vous êtes propriétaireAprès la cession-bail
Qui possède le bienVous, il figure à votre actifLa société de crédit-bail, jusqu'à la levée de l'option
Ce qui passe en chargesL'amortissement du bienLe loyer, déductible en totalité sauf la limitation prévue à l'article 39-4 du CGI pour les voitures particulières
Redevenir propriétaireSans objetEn levant l'option d'achat, au prix prévu au contrat
Sortir avant l'échéanceVous vendez le bienVous cédez le contrat : la plus-value relève alors du régime des articles 39 duodecies A et suivants du CGI

Les cinq points à vérifier avant de signer une cession-bail

  • Le prix de cession. Il ne décide pas seulement de ce que vous encaissez : il fixe la plus-value, donc l'impôt. Le prix le plus élevé n'est pas toujours le meilleur.
  • L'impôt de l'exercice. Chiffrez-le avec votre expert-comptable avant la signature, et retirez-le du montant que vous pensez pouvoir engager.
  • Le prix de levée de l'option. C'est lui qui vous rend propriétaire. Un prix anormalement bas au regard de la durée normale d'utilisation du bien et de la période de location écoulée expose à une remise en cause de la déduction des loyers par l'administration.
  • La clause de résiliation. Le bien n'est plus le vôtre : lisez ce qui se passe en cas d'incident avant de signer, pas après.
  • L'emploi des fonds. Une cession-bail qui finance un investissement identifié se défend. Une cession-bail qui comble un trou de trésorerie repousse le problème d'un cran, avec des loyers en plus.

Quand la cession-bail n'est pas la bonne réponse

L'opération a un coût : vous rachetez l'usage d'un bien que vous avez déjà payé une fois. Elle se défend quand la trésorerie dort dans un actif dont vous aurez encore besoin plusieurs années, et que vous avez un emploi précis pour l'argent : un investissement déjà identifié, un besoin en fonds de roulement (BFR) qui monte avec l'activité, une échéance à solder. Elle se défend beaucoup moins sur un matériel proche de la fin de sa vie utile, car vous paieriez des loyers sur un bien que vous auriez remplacé entre-temps.

À éviterCet article décrit un mécanisme et son traitement fiscal de principe. Il ne remplace pas l'avis de votre expert-comptable, seul à même de chiffrer l'effet sur votre exercice et de confirmer le régime applicable à votre situation.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la cession-bail (ou lease-back) ?

C'est la vente d'un bien dont votre entreprise est propriétaire à une société de crédit-bail, suivie immédiatement de sa mise en location à votre profit, avec une option d'achat à l'échéance. Vous encaissez le prix de vente et payez un loyer à la place de l'amortissement. Le bien reste à votre disposition pendant toute la durée du contrat.

La plus-value d'une cession-bail est-elle imposable ?

Oui. C'est une cession d'immobilisation, soumise au régime des plus-values professionnelles. Pour un bien détenu depuis plus de deux ans, la fraction correspondant aux amortissements déjà déduits est une plus-value à court terme, traitée comme un résultat ordinaire et imposée au taux de droit commun, soit 25 % pour une société à l'impôt sur les sociétés hors tranche à taux réduit.

Quelle est la différence entre une cession-bail et un crédit-bail classique ?

Le mécanisme juridique est le même : les deux sont des opérations de crédit-bail au sens de l'article L. 313-7 du code monétaire et financier. Seul le vendeur change. Dans un crédit-bail classique, le bailleur achète le bien à un fournisseur pour vous le louer. Dans une cession-bail, il vous l'achète à vous, et vous en gardez l'usage sans interruption.

Combien de temps peut-on étaler la plus-value d'une cession-bail immobilière ?

Lorsque le dispositif de l'article 39 novodecies du code général des impôts est ouvert, la plus-value est répartie par parts égales sur les exercices clos pendant la durée du contrat de crédit-bail, sans pouvoir excéder quinze ans. La dernière fenêtre que porte le texte publié sur Légifrance couvrait les cessions réalisées entre le 1er janvier 2021 et le 30 juin 2023 : il faut donc vérifier la version en vigueur à la date de l'opération.

Peut-on faire une cession-bail sur un local d'habitation ?

Non. Le crédit-bail immobilier ne porte que sur des immeubles à usage professionnel, et l'étalement de l'article 39 novodecies du code général des impôts ne vise que les immeubles affectés à une activité commerciale, industrielle, artisanale, libérale ou agricole. Les immeubles de placement et les locaux d'habitation en sont exclus.

Sources

Les chiffres et les règles cités dans cet article viennent de ces publications. Elles sont officielles ou nommément signées : vérifiez-les.

  1. Article L. 313-7 du code monétaire et financier (opérations de crédit-bail) — Légifrance (consulté le 9 octobre 2026)
  2. Article 39 novodecies du code général des impôts — Légifrance (consulté le 9 octobre 2026)
  3. Étalement de la plus-value réalisée lors de la cession d'un immeuble par une entreprise à une société de crédit-bail (BOI-BIC-PVMV-40-20-60) — BOFiP - impots.gouv.fr (consulté le 9 octobre 2026)
  4. Cessions réalisées entre le 1er janvier 2021 et le 30 juin 2023 (loi de finances pour 2021, art. 33) - actualité BOFiP du 23 juin 2021 — BOFiP - impots.gouv.fr (consulté le 9 octobre 2026)
  5. Régime fiscal des opérations de crédit-bail mobilier (BOI-BIC-BASE-60-20) — BOFiP - impots.gouv.fr (consulté le 9 octobre 2026)
  6. L'impôt sur les sociétés, comment ça marche ? — economie.gouv.fr (consulté le 9 octobre 2026)

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